Avec plus de 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023 et quelque 210 500 salariés, la sécurité privée s’est imposée comme l’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie française. Pourtant, derrière cette croissance soutenue, les entreprises peinent à trouver assez de candidats. Une pénurie qui pousse la filière à regarder du côté d’un vivier encore largement inexploité : les femmes.
Un marché qui recrute en continu, mais pas assez
Le secteur emploie aujourd’hui davantage de professionnels que la Police nationale, avec environ 200 000 agents actifs et un taux d’embauche qui représente 92 % de l’effectif total chaque année. France Travail estimait à plus de 43 000 les projets de recrutement en 2024, avec une vingtaine de milliers de postes à pourvoir en permanence. Malgré tout, la croissance de l’activité dépasse régulièrement celle des effectifs : l’écart s’est creusé en 2022 et 2023, années où le chiffre d’affaires progressait de 7 % tandis que les recrutements n’augmentaient que de 2,8 à 3,9 %.
Pour rejoindre une entreprise de sécurité, tout candidat doit obtenir la carte professionnelle délivrée par le CNAPS, l’autorité de contrôle du secteur, après une formation initiale dont la durée minimale vient d’être portée à 210 heures en 2025. Cette exigence accrue vise à professionnaliser davantage la filière, dans la lignée du retour d’expérience des Jeux Olympiques de Paris 2024, qui ont mobilisé jusqu’à 22 000 agents par jour. Pour en savoir plus sur les conditions d’accès et les tendances du secteur, le secteur industrie fait régulièrement l’objet d’analyses sur Cercleindustrie.eu.
Les femmes, levier stratégique face aux tensions de recrutement
Les femmes représentent aujourd’hui 14 % des effectifs du secteur, selon le Rapport de branche 2025. Un chiffre encore modeste, mais qui progresse, et qui cache de fortes disparités selon les métiers. La sûreté aéroportuaire frôle la parité avec 46,5 % de femmes, en raison de l’obligation légale d’effectuer les palpations sur les passagères avec du personnel féminin. La télésurveillance affiche également un taux élevé, autour de 37 %.
Les signaux d’évolution sont réels. En 2022, un centre de formation parisien enregistrait 25 % de femmes parmi ses stagiaires au TFP APS, contre 20 % l’année précédente. Dans l’alternance, certaines académies comme Bordeaux, Paris ou Limoges atteignent la parité pour le BTS Management opérationnel de la Sécurité. La Fédération Française de la Sécurité Privée est directe sur le sujet : attirer davantage de femmes dans la filière est désormais un impératif face aux tensions de recrutement, pas une simple ambition de façade.
Sur le fond, la sécurité privée repose avant tout sur la surveillance, la prévention et la communication, des compétences qui ne tiennent pas à la morphologie mais à la formation, à la maîtrise du stress et à la capacité d’analyse. Ce cadrage change la perception du métier, et commence à porter ses fruits.
Le secteur reste sous pression, entre marges serrées, obligations réglementaires renforcées et concurrence accrue pour attirer les talents. Mais sa capacité à diversifier ses recrutements, notamment en intégrant davantage de femmes, sera probablement l’un des facteurs clés de sa résilience dans les prochaines années.
